Chers résistants, chères résistantes, chers soutiens,

Avant d’aborder la polémique du moment sur la vente de la pépite industrielle LMB Aerospace à des Américains et de nous demander ce qu’elle dit de nous, permettez-moi de vous donner une bonne nouvelle.

Nous ouvrons, le 12 mars prochain au soir, un nouveau club FFI au Havre, la ville de l’ancien Premier ministre, Édouard Philippe. Inscription ici : https://luma.com/calendrier-ffi?k=c&e=calev-wxidvZL90F2hQZC

Après avoir ouvert les franchises FFI Rennes Bretagne, FFI Rouen Seine Normandie, FFI Caen Normandie Occidentale, c’est Gérald BERTIN et son équipe qui en ont pris l’initiative. C’est une excellente nouvelle. Pour deux raisons.

Parce qu’un drapeau FFI de plus vient de se planter sur la carte de France, et ce, dans une ville industrielle et auprès d’un édile dont la voix porte.

Mais aussi parce que Gérald n’est pas qu’un homme de réseau. Il est certes capable d’organiser et d’animer les événements qui rythment nos actions de promotion et de défense des PME de nos territoires. Mais il est aussi un investisseur actif. Et vous allez voir, dans les prochains paragraphes de cette infolettre, que des investisseurs qui placent leur argent dans l’économie réelle de nos régions, on en cherche… Essentiellement parce que, dans l’économie et la souveraineté françaises, on en manque.

Gérald, en tant que président du groupe GLISCO, a ainsi investi dans 19 entreprises situées dans les départements dans lesquels il vit ou il travaille. Bref, celui qui nous accueillera au Havre (et on y viendra en force) pour écouter toutes les personnalités du made in France qui s’y retrouveront mouille clairement la chemise, et le portefeuille pour notre cause.

Bravo à lui !

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Et maintenant, sous vos applaudissements… la polémique du jour !

Parce qu’il n’est jamais bon, en France, de ne parler que des choses qui vont dans le bon sens, revenons à ce qui anime nos discussions de bistrots depuis quelques jours : la polémique LMB Aerospace.

Cette PME française produit notamment des ventilateurs pour nos sous-marins et nos Rafale. Et elle vient d’être achetée par l’Américain Loar Group, ce qui a provoqué la colère de nombreux souverainistes français. L’événement est même devenu un fait politique, puisque des partis d’opposition s’en sont pris au gouvernement, l’accusant d’avoir validé une vente contre les intérêts stratégiques de la France. Un peu comme à l’époque d’Alstom.

Il faut dire qu’au moment où notre président de la République envoie des soldats au Groenland pour participer à un exercice de défense en cas d’attaque par les Américains, apprendre que notre gouvernement a validé la vente d’une entreprise qui équipe nos armes de pointe à des Américains peut paraître surprenant.

Mais, comme souvent dans les affaires politico-industrielles, les choses sont complexes et il est bon d’analyser un peu les dossiers avant de crier au loup. Surtout en période électorale où l’indignation politique est souvent à géométrie variable. J’ai donc passé quelques coups de fil à des gens qui suivent le dossier de plus près que moi et je peux vous dire qu’il est emblématique de nos contradictions. Oui, j’ai bien dit « nos contradictions » et pas uniquement celles de nos politiques.

Alors, en quoi cette vente serait-elle problématique ?

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LMB fabrique des ventilateurs pour Rafale et sous-marins nucléaires. La première question est donc : peut-on se passer de LMB si jamais ses nouveaux propriétaires ne voulaient pas vendre aux industriels français ?

Oui, c’est remplaçable, affirment le ministre de l’Économie et quelques sources citées par la presse. C’est un matériel qui touche à de l’armement, donc il faut du temps pour son homologation, mais si Dassault Aviation voulait trouver d’autres fournisseurs, il pourrait le faire, auraient dit certains industriels français. (Reste à savoir si ces produits de substitution seront produits en France, mais c’est une autre histoire).

À écouter certains commentateurs ou décisionnaires du dossier, on aurait presque l’impression que le savoir-faire de LMB ne serait pas si rare que ça. En gros, pas de problème de fond avec sa cession à un industriel étranger. Juste des souverainistes un peu paranoïaques qui veulent faire de la mousse autour d’un non-événement. Si on tire le trait jusqu’au bout, l’Américain Loar Group aurait donc acheté une société qui ne nous manquera pas beaucoup. (Bref, ils ne seraient pas très doués en affaires les ricains, finalement).

Bon, je vous avoue mon incompétence technique. Je ne sais donc pas si ceux qui disent que les ventilateurs LMB sont simples à remplacer ont raison ou non. Par contre, un détail fait douter l’entrepreneur-investisseur que je suis : le prix de la vente de LMB à Loar Group.

365 millions d’euros ! Alors que son chiffre d’affaires n’est que de 50 millions d’euros. Soit 8 fois le chiffre d’affaires. C’est énorme.

Je sais, les Américains savent payer cher. Ce sont eux qui, grâce à la puissance de leur finance (et de leurs fonds de retraite par capitalisation), paient même le plus cher au monde les actifs qu’ils convoitent.

Mais je sais aussi qu’ils n’achètent cher que ce qu’ils pensent pouvoir rentabiliser, que ce qu’ils pensent avoir une valeur peu commune. À ce prix exorbitant, ils n’achètent que des pépites.

Mais admettons que les ventilateurs LMB soient effectivement facilement remplaçables. Il y a un autre problème : la « contamination ITAR » du matériel qui va intégrer les composants LMB dans sa fabrication (Rafale, sous-marin…).

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Oui, je sais, c’est un peu technique, alors je m’explique.

L’ITAR (International Traffic in Arms Regulations) est une réglementation américaine qui contrôle l’exportation de matériels militaires et de technologies de défense. Dès qu’un produit contient un composant soumis à l’ITAR, les États-Unis peuvent bloquer sa vente, même s’il est fabriqué à l’étranger. C’est-à-dire qu’un Rafale ayant un composant soumis à l’ITAR pourrait théoriquement recevoir une injonction américaine interdisant une vente, parce qu’il embarquerait un ventilateur sous droit extraterritorialisé américain.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en 2018, quand Washington a bloqué la vente à l’Égypte de missiles de croisière français MBDA SCALP-EG. Ils avaient des composantes américaines, alors les États-Unis ont eu leur mot à dire. Florence Parly, alors ministre de la Défense, s’en était d’ailleurs émue et avait déclaré, le 6 septembre 2018, sans citer d’exemple précis : « Nous avons eu des difficultés commerciales liées aux perspectives d’exportation. Et nous savons que ces difficultés sont liées à des questions stratégiques et souvent à des problèmes de rivalité commerciale. »

Bref, dans les mains d’une administration comme celle de Trump, qui n’hésite jamais à être de mauvaise foi quand il s’agit de gagner un deal, l’ITAR devient un moyen efficace pour paralyser des concurrents ou exercer une pression politico-commerciale sur un pays qui lui déplaît. Comme le dit le site forcesoperations.com dans l’article ici. Le tout au détriment du deuxième pays exportateur d’armes du monde : la France.

OK, mais on a pris des dispositions pour avoir un droit de regard sur cela via une « golden share », nous disent les partisans de cette vente.

Ça ne tient pas ! Explique Olivier Lluansi, ex-conseiller industrie à l’Élysée, dans un récent post : « L’État français sait brandir les “golden shares”, mais non les mobiliser dans la durée. Nous l’avons déjà vécu, celle d’Alstom ne permit pas de protéger la propriété intellectuelle ou les savoir-faire, ce qu’elle était censée faire également. Une fois les feux des médias détournés, une “inadvertance” de l’État et un transfert irréparable est commis. Prétendre à des sanctions a posteriori est un bluff sans crédit, un tigre de papier. »

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Bref, cette vente fait donc planer un risque ITAR sur certaines de nos armes de pointe.

Soit. Mais alors que fait-on pour éviter que des entreprises aussi stratégiques que LMB Aerospace soient vendues à des pays qui pourraient déstabiliser ainsi notre défense ou notre commerce extérieur ?

Car si Tikehau Capital, créateur du fonds qui détient LMB Aerospace, a démontré son sens de l’humour en écrivant qu’il investissait dans « la cybersécurité, l’aéronautique et la défense » parce qu’ils « sont des secteurs essentiels à la protection de notre modèle économique et à la souveraineté européenne » (souveraineté qui ne se formalise pas d’une petite vente aux Américains, donc) ; il n’en demeure pas moins qu’en tant que fonds d’investissement, il faut bien qu’il vende un jour ses participations. Parce que c’est son métier.

Et si on se contente de mettre un veto, via les décrets Montebourg, à toutes les ventes un peu stratégiques, on va vite décourager le peu d’investisseurs qui sont aujourd’hui prêts à placer leurs sous dans l’industrie. Ce qui serait là aussi très problématique.

Il nous faudrait donc, comme le déclare Arnaud Montebourg dans l’extrait visionnable ici , que nous créions un fonds souverain, ou davantage de fonds privés qui pourraient ainsi investir dans nos fleurons sans qu’ils passent à l’étranger. Comme le font les Américains, en somme.

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Oui, mais les Américains le font parce qu’ils en ont les moyens ! Leurs fonds de private equity représentent, à eux seuls, plus de 50 % du marché mondial. Essentiellement pour deux raisons :

• Beaucoup d’employés américains ont un système de retraite par capitalisation (pas tous, car il existe aussi un système par répartition, là-bas). Ces derniers cotisent donc chaque mois à des fonds de pension qui placent ensuite leur argent dans des entreprises pour le faire fructifier. Nous, on a choisi un système de retraite par répartition. Donc on ne place pas d’argent dans des fonds de pension qui n’investissent donc pas dans nos PME ;

• Ils ont le goût du risque, nous celui de la rente et de la sécurité. Donc les Américains investissent le peu d’épargne qu’ils ont dans des entreprises (start-up, Wall Street, private equity). Nous, on investit dans l’immobilier et sur des comptes d’épargne garantis, comme l’assurance vie (qui eux-mêmes sont investis dans l’immobilier ou les actions étrangères). (Au passage, si vous voulez rejoindre le collectif FFI qui investit dans les PME made in France, contactez Raymond BOCH)

Très bien, mais pourquoi n’avons-nous pas le goût du risque et de l’investissement dans l’entreprise comme eux, ou comme beaucoup d’autres pays anglo-saxons ou asiatiques ?

Ça, c’est la vieille histoire des complexes français par rapport à l’argent, la réussite, le capitalisme, l’ambition, l’égalitarisme, la jalousie et le regard des autres. J’en parle beaucoup dans mon livre à paraître « Contes et légendes de la réindustrialisation » (précommande ici), mais en gros, ça remonte à très loin et c’est très ancré (et non, tout n’est pas la faute de Mitterrand).

Nous n’avons donc pas les fonds d’investissement qui auraient pu acheter LMB Aerospace.

Et ce qui est très drôle, c’est que ce sont souvent les mêmes personnes :

  • qui sont contre la création de fonds de retraite par capitalisation,
  • ou qui fragilisent la trésorerie des entreprises en leur imposant des prélèvements et des cotisations excessives (il faut bien financer le fait de partir à la retraite cinq ans avant nos voisins)…

… Qui hurlent à la trahison en voyant nos fleurons rachetés par des pays qui, eux, en ont mis en place.

Pour mémoire, les actionnaires de Loar Group, société qui vient de racheter LMB, sont essentiellement des fonds américains qui gèrent de l’argent issu des cotisations retraite américaines (BlackRock, Vanguard, Blackstone…).

Ainsi donc, une nouvelle fois, nous sommes les Tartuffe de la triste histoire de notre désindustrialisation et de son corollaire, notre appauvrissement.

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Tant que nous, Français, serons aussi peu intéressés à comprendre les lois de l’économie capitaliste, tant que nous préférerons jalouser les entrepreneurs et investisseurs qui prennent des risques en plaçant leur argent dans des entreprises au lieu de faire corps avec eux pour mieux protéger nos intérêts et notre souveraineté, nous n’y parviendrons pas.

Le capitalisme a plein de vilains défauts et il faut évidemment le réguler. Mais sans capital, il n’y a pas d’industrie. Alors réindustrialiser un pays anticapitaliste, c’est intellectuellement stimulant, mais à la fin, ça ne fonctionne pas.

Il va donc falloir faire évoluer notre culture économique. Et pas que chez nos élites. Nous pouvons tous être acteurs de la reconstruction de notre souveraineté économique. À condition d’abandonner nos vieux dogmes et de regarder comment ont fait tous les pays qui nous entourent pour se sortir de la spirale d’appauvrissement dans laquelle nous sommes tombés.

Bon, allez, bonne journée quand même.

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