Nos députés vont-ils transformer la Sécurité sociale en machine à délocaliser ?
C’est l’impression que donne la loi de financement de la Sécu 2026. Malgré les promesses de hashtag#réindustrialisation de ceux qui l’ont votée, elle porte en elle une injustice flagrante. Et menace d’entamer ce qui reste de notre souveraineté pharmaceutique. Elle :
– Allège la taxation des laboratoires internationaux (grâce à un calcul sur le CA net de remises). Des laboratoires qui, en dehors de Sanofi et de quelques autres, ne fabriquent presque plus rien en France. L’essentiel ayant été délocalisé en Chine ou en Inde.
– Transfère la charge fiscale vers les PME et ETI françaises. Ces dernières produisent dans nos territoires avec tous les inconvénients de notre modèle (coût du travail, taxes, charges, normes et règlements coûteux, coût de l’énergie). Sans être avantagées par les achats de la Sécu. Produire en France n’est donc ni récompensé ni protégé.
– Pénalise les acteurs des médicaments matures, souvent produits localement, en leur imposant d’importantes baisses de prix.
Les industriels français y voient un signal négatif pour la souveraineté sanitaire et l’emploi. Ceci alors que les pénuries de médicaments montrent qu’on aurait besoin de renforcer, au contraire, notre indépendance en la matière.
Quand on voit les efforts d’ETI comme UPSA qui :
– Investissent, année après année, dans le Lot-et-Garonne.
– Ont fait l’effort de se certifier Origine France Garantie.
– Dont 80 % des fournisseurs sont en France.
– Qui recréent une filière tricolore de production du paracétamol.
On se demande à quoi jouent nos politiques et où est passé le noble esprit de la Sécurité sociale.
Outre nos députés qui votent à l’encontre de leurs promesses, les industriels français sont furieux contre le Leem. Selon un article des Échos paru le 9 janvier dernier, ils accusent cette organisation représentative, censée représenter les intérêts de la filière, d’avoir soutenu, voire inspiré, ces arbitrages.
Car, depuis quelque temps, le Leem serait tombé sous l’influence des grands groupes étrangers. Sa gouvernance donnerait davantage de pouvoir à ces derniers. Pouvoir qu’ils auraient utilisé pour réduire la taxation sur leurs produits, tout en reportant la charge fiscale sur les laboratoires qui fabriquent en France.
Des laboratoires majeurs, de Sanofi à Laboratoires Pierre Fabre, Guerbet, Ipsen, Servier ou Laboratoires Théa, qui, eux fabriquent en France, ont donc décidé de quitter le Leem.
Ils annoncent la création d’un nouveau syndicat destiné à défendre les entreprises qui produisent et investissent en France.
Ils veulent promouvoir ensemble un modèle conciliant innovation, ancrage industriel et souveraineté sanitaire.
Reste à savoir si cette nouvelle organisation parviendra à peser davantage que les labos internationaux qui ont visiblement l’oreille de la Sécu et de l’Assemblée nationale.
En tout cas, bravo à ceux qui se sont engagés dans la résistance !