Antofénol, une entreprise de biocontrôle née d’une discussion

Fondée en 2014 par Fanny Rolet, l’entreprise conçoit et industrialise des procédés d’éco-extraction végétale. Le but, produire des actifs naturels destinés à l’agriculture, à la cosmétique et à l’alimentaire. Positionnée sur le marché du biocontrôle, qui vise à protéger les plantes avec des mécanismes naturels, Antofénol répond à un double enjeu stratégique : réduire l’impact environnemental de l’agriculture et valoriser des matières agricoles qui normalement finissent à la poubelle (exemple : le bois de vigne dans la production de vin).

Fanny Rolet

À l’origine du projet, une discussion. “Un viticulteur m’a demandé de lui trouver un moyen de gagner plus d’argent, confie Fanny, étudiante en biologie à l’époque, quinze jours plus tard, je suis revenue avec l’idée d’Antofénol.” En 2013, Fanny relève une incohérence répandue dans le secteur viticole. Chaque année, des tonnes de branches de vigne issus de la taille sont détruites. Pourtant, elles contiennent naturellement des composants capables d’empêcher la croissance des champignons, voire de les détruire.

Pour exploiter ce potentiel, Antofénol développe un procédé breveté d’éco-extraction combinant ondes électromagnétiques, sonores, vide de l’air et mélange. Cette technologie permet de retirer efficacement les composés d’intérêt tout en limitant l’usage de solvants et la consommation énergétique. Si l’utilisation d’ondes électromagnétiques pour chauffer la matière et libérer les molécules est connue depuis la Seconde Guerre mondiale, leur application à l’extraction végétale industrielle constitue une première en France.

Antofénol s’inscrit dans une logique d’économie circulaire. “Nous travaillons main dans la main avec les agriculteurs, puisque nous rachetons leurs coproduits pour confectionner nos productions.” Ce modèle permet aux exploitants agricoles de générer un revenu complémentaire tout en participant à la transition vers une agriculture plus durable.

L’Antoferine, un antifongique naturel pour remplacer les fongicides chimiques

Le produit le plus avancé d’Antofénol est l’Antoferine, un antifongique naturel extrait du bois de vigne. Il est destiné à protéger les cultures contre des maladies provoquées par des champignons. Ce produit s’adresse aux viticulteurs, arboriculteurs et producteurs de fruits et légumes. L’Antoferine vise à remplacer, au moins partiellement, des substances largement utilisées telles que le cuivre ou le mancozèbe, dont les impacts environnementaux et sanitaires sont de plus en plus remis en question.

D’un projet étudiant à une ambition industrielle française

Le développement d’Antofénol s’est fait progressivement, avec des moyens initiaux très limités. Fanny Rolet démarre seule avec 32 000 euros, dans les laboratoires de son université, mis à disposition par deux professeurs. En remportant le prix BPI i-Nov, elle crée officiellement l’entreprise le 12 juin 2014.

Après un premier site à Montpellier, Antofénol franchit une étape structurante en 2019 avec l’installation de son siège social et d’une usine pilote à Plestan, dans les Côtes-d’Armor. L’entreprise prépare désormais un changement d’échelle majeur avec la construction de deux nouvelles usines dans le Vaucluse. Une à Vedène pour la cosmétique et l’alimentaire, et au Thor pour l’agriculture. Ces sites, conçus selon une démarche zéro déchet, doivent ouvrir en mai 2026.

Futur locaux à Thor (Vaucluse)

Depuis sa création, Antofénol a levé 11,5 millions d’euros. Ces financements ont permis de structurer l’outil industriel et de constituer les dossiers d’homologation, indispensables à la commercialisation de produits de biocontrôle en Europe. Malgré ces avancées, le financement reste le principal frein au développement. “Nous peinons à trouver des investissements privés, résultat nos projets ont 35 mois de retard”, déplore la cheffe d’entreprise.

Réindustrialiser la France par l’industrie verte

Engagée pour la réindustrialisation, Fanny Rolet défend la possibilité de produire en France des solutions innovantes et durables. Membre de notre club, elle s’investit pour partager son expérience de l’industrie verte. Elle souhaite contribuer à transformer l’image d’un secteur encore souvent perçu comme polluant ou obsolète. Cette évolution du regard est également perceptible du côté des citoyens. La campagne de financement participatif menée récemment par Antofénol sur la plateforme Tudigo a permis de réunir 164 nouveaux associés. Ça illustre l’intérêt croissant pour des projets industriels responsables et ancrés localement. « En 2012, il n’y avait pas cet engouement pour l’industrie et le made in France. Aujourd’hui, ça change. Malgré l’instabilité politique, il ne faut pas baisser les bras », conclut-elle.

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